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14 novembre 2019

Education prioritaire : Rapport « Mission territoire et réussite » Azéma-Mathiot - Vers la fin des REP ?

Mardi 5 novembre, Jean-Michel Blanquer a présenté le rapport Azéma-Mathiot qui se situe dans la suite des rapports de la cour des comptes, de France Stratégie et sénatorial Lafon Roux. Ce rapport propose une réforme qui vise à « conforter l’éducation prioritaire et à revoir la politique territoriale ». Décliné en cinq axes et 25 mesures, il propose de sortir « d’une logique binaire de l’éducation prioritaire pour passer à une logique différenciée, progressive et actualisable au regard de la diversité territoriale et sociale ». Le rapport affiche une volonté de maintenir et conforter l’éducation prioritaire, mais les mesures envisagées représenteraient un danger pour le cadre national, un renforcement de la politique de la ville et une nouvelle étape vers la territorialisation de l’École.

I - Les principales mesures :

A- Les REP+ :
- Maintien des 350 REP+ avec la possibilité de quelques ajustements.
- Reconduction de la carte REP+ à l’identique jusqu’en 2022. Au-delà de 2022, une cartographie à partir de la celle des quartiers politique de la ville (QPV).
- 3ème tranche de la prime REP+ serait liée à « l’investissement et l’engagement des équipes », liée « à l’élaboration d’un projet de formation continue alimenté par une démarche de recherche-action centrée sur la difficulté scolaire et la participation aux modules de formation induits hors temps scolaire ».
- Gestion des REP+ par le ministère, mais objectif de « pleine intégration de la politique d’EP dans la politique de la ville ».
- Étude d’impact sur l’intégration progressive de tous les personnels (AED, AESH…) dans un processus de revalorisation.
- Renforcement de la formation et de l’accompagnement (formation des personnels de direction et de vie scolaire au « partenariat avec les collectivités territoriales »).

B - Les REP et autres territoires : moduler les moyens
- Délabellisation des REP : ils seraient remplacés par « une politique de priorisation académique » sous l’autorité du recteur qui concernerait les écoles et établissements rencontrant des difficultés d’exercice (REP actuels, écoles et collèges en difficulté de l’espace rural), les réseaux en situation transitoire (ex-réseau concerné par une politique de mixité) et en situation d’éloignement (Indice d’éloignement construit par la Depp).
- Intégration des politiques de « priorisation académique » dans les politiques interministérielles d’aménagement du territoire.
- Renforcement des politiques éducatives territoriales : une concertation accrue avec les maires et conseils départementaux et régionaux est mise en perspective (y compris pour la carte scolaire).
- Fin des primes REP qui seraient remplacées progressivement par une prime d’installation pour les établissements non attractifs à occuper sur une durée minimale.
- De nouvelles prérogatives académiques : priorisation en termes de mobilité intra-académique, bonification de carrière, bonification indemnitaires, classement des établissements, possibilités d’expérimentations organisationnelles.
- Extension de la mesure des dédoublements des classes pour l’ensemble des écoles rencontrant des difficultés sociales en QPV.
- Prévoir un appui aux écoles des petites villes et bourgs en difficulté sociales et scolaires.
- Développer une politique d’association de l’enseignement privé sous contrat aux politiques de mixité et de cohésion territoriales.
- Valorisation et professionnalisation au moyen de nouvelles certifications (Allophone, multi-âges).

Des premières mesures pourraient rentrer en application dès la rentrée 2020 et une réforme est prévue pour 2021.

II - Les commentaires du SNUipp-FSU

Si Jean-Michel Blanquer retient tout ou partie de ces pistes, c’est la disparition d’une politique nationale d’Education Prioritaire sans en avoir réalisé au préalable un véritable bilan, avec l’ensemble des acteurs concernés. Un bilan qui était pourtant inscrit dans la circulaire de 2014 de la refondation de l’EP.

Ce rapport fait fi du travail pédagogique et éducatif engagé par les équipes enseignantes dans le cadre des réseaux.

L’argument de la prise en compte des territoires ruraux en difficultés sociales et scolaires, de l’éloignement et des écoles orphelines est utilisé pour délabelliser les REP et supprimer les indemnités des enseignants. On déshabille Paul pour habiller Pierre et encore…

Au final, c’est la mise en place d’une concurrence inacceptable entre les territoires ruraux et urbains. L’objectif initial de relever le défi de la lutte contre l’échec scolaire est dévoyé au profit d’une prise en compte de la diversité des territoires ; c’est un changement fondamental de paradigme !

« Une politique de priorisation académique » aura pour conséquence de générer de l’insécurité, de l’instabilité permanente pour les équipes enseignantes. L’attribution locale de moyens dépend beaucoup des rapports de force politiques locaux, il y a un véritable risque de dévoiement des fonds de l’EP. C’est aussi une nouvelle étape vers une territorialisation de l’École où la définition d’une politique de l’éducation prioritaire par des critères nationaux garant de l’équité serait abandonnée pour privilégier de « nouvelles formes de co-construction Etat-collectivités » et coller au dispositif de politique de la ville (QPV). Cette évolution à la fois vers l’interministériel et vers une intervention accrue des collectivités territoriales se retrouve, sous des formes différentes, aussi bien en REP+ (cités éducatives) que pour le reste du territoire. Ainsi la mesure 23 vise l’élaboration d’un vadémécum « Ecole, Collège et Lycée du XXIème siècle » pour renforcer la cohérence des politiques éducatives territoriales.

Quant à la 3ème tranche de la prime REP+, il s’agit bien d’une prime au mérite qui va générer concurrence, conflit et iniquité. C’est inadmissible.

Comment rendre attractif et assurer la stabilité des équipes en REP quand la reconnaissance indemnitaire mensuelle disparaît au profit d’une prime d’installation soumise à une durée minimale d’occupation des postes ?

Comment justifier aux personnels des écoles de REP, qui pour beaucoup ont des conditions similaires d’enseignement aux écoles de REP+, qu’ils ne sont plus prioritaires ?

Ce rapport va impacter lourdement l’EP, les élèves et les enseignants qui vont se voir, pour nombre d’entre eux, mis sur le bord du chemin.

La possibilité de nouvelle certification professionnelle (allophone, multi-âge) va développer le profilage des postes. C’est l’ensemble des personnels au cours de leur formation tout au long de leur carrière qui doivent pouvoir bénéficier de formation spécifique.

Le SNUipp-FSU porte une toute autre vision de l’EP, avec une labellisation unique comprenant les REP et REP+ et les écoles orphelines et une vraie ambition pour la réussite de tous les élèves.

Si les augmentations salariales sont nécessaires au regard du salaire moyen des enseignants par rapport à la moyenne des pays comparables de l’OCDE, ce n’est pas suffisant pour attirer et retenir les enseignants en EP. Il faut abaisser les effectifs dans toutes les classes, retrouver des RASED complets, une formation en lien avec les demandes du terrain, une formation initiale qui rende explicite les apprentissages aux élèves en difficulté, un suivi et un accompagnement des jeunes collègues.

Ce rapport ignore la problématique de la médecine scolaire, de la santé des élèves qui pourtant ont un impact sur la réussite scolaire.

La politique d’EP ne peut se résumer à la mise en place des cités éducatives et des dédoublements des classes dans un contexte de fortes prescriptions et injonctions pédagogiques (cf. vadémécum 100% de réussite des classes dédoublées).

Les mesures préconisées dans ce rapport marquent la casse de l’Education Prioritaire.

Éducation prioritaire : besoin d’ambition ! (Communiqué FSU)

Lors du colloque du 2 octobre dernier qu’elle avait consacré à l’Éducation prioritaire, la FSU avait exprimé son inquiétude de voir disparaître la labellisation nationale des REP pour une gestion décentralisée confiée aux recteurs, que confirme la parution du rapport Mathiot-Azéma, ne portant aucunement l’objectif de la nécessaire démocratisation de la réussite des élèves. Pour les personnels, dans un contexte où les conditions de travail ne cessent de se dégrader, cette perspective se traduirait par une remise en cause des indemnités et des priorités de mutation qui ne peut être acceptable. À terme, ceci entraînerait une diminution des moyens qui pèserait sur les conditions d’enseignement pour les élèves qui en ont le plus besoin.

L’évaluation de l’Éducation prioritaire ne peut se résumer à la mise en avant d’une réussite insuffisante et de risques de stigmatisation. Elle doit reconnaître les effets positifs des actions menées et chercher à les conforter et les améliorer par des moyens en adéquation aux besoins réels, notamment sur le plan de la formation des enseignants.

La dégradation de la situation sociale dans bien des quartiers de l’Éducation prioritaire demanderait que les moyens, pour toutes les écoles et établissements concernés y compris les lycées accueillant ces élèves, soient renforcés plutôt que fragilisés. Ce n’est pas ce que semble dessiner la présentation du rapport Mathiot-Azéma faite par le Ministre de l’Éducation nationale. Pour la FSU, la politique d’Éducation prioritaire doit rester cadrée nationalement, les moyens doivent être attribués sur des critères transparents afin de garantir l’égalité.

La FSU demande que les organisations syndicales représentant les personnels soient reçues et entendues dans la perspective d’une politique ambitieuse capable de soutenir le travail des enseignant·es et des personnels au service de la réussite des élèves.

Education prioritaire : Trois ministres et un enterrement (Le café pédagogique)

"Ce rapport est un début pas un aboutissement". Jean-Michel Blanquer présentait le 5 novembre, avec Gabriel Attal et Julien Denormandie, ministre de la Ville, le rapport réalisé par Pierre Mathiot et Ariane Azéma. Chargés d’une mission "Territoires et réussite", P Mathiot et A Azéma réduisent dans leur rapport l’éducation prioritaire aux seuls réseaux Rep+. Avec les Rep, la prime Rep disparaitrait. Les recteurs disposeraient de moyens qu’ils affecteraient à leur guise entre établissements défavorisés, ruraux ou isolés. Si JM Blanquer prend garde d’affirmer "qu’aucune décision n’est prise aujourd’hui", le rapport Mathiot Azéma, qui vient après plusieurs autres, pourrait être appliqué dès 2021. C’est la France défavorisée qui perd des moyens. C’est aussi la France des minorités qui est visée par celle des terroirs.

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Blanquer temporise pour réformer l’éducation prioritaire (Blog Mediapart de Faïza Zerouala)

Remis mardi, le rapport Mathiot-Azéma propose de déléguer la gestion des moyens à chaque académie. Une mesure qui inquiète déjà si elle était adoptée. Jean-Michel Blanquer a annoncé ne rien décider dans l’immédiat.

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Les jeunes ruraux et les périurbains n’ont pas les mêmes difficultés à l’école (Blog Mediapart de Faïza Zerouala)

L’ancien responsable de l’éducation prioritaire au ministère de l’éducation nationale regrette que le rapport remis à Jean-Michel Blanquer porte moins sur l’éducation prioritaire que sur la ruralité « où il y a plus de voix à trouver », en vue des élections municipales.

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