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13 septembre 2017

Evaluations CP et l’évaluation du dispositif CP à 12 : le point sur les annonces ministérielles

1/ Ce que dit le ministère

Dans la réunion du lundi 28 août, le ministère a justifié sa précipitation par « la priorité absolue d’agir vite pour éradiquer l’échec scolaire » et la nécessité de mettre à disposition des enseignant-es un outil qui permette « de diagnostiquer de manière précoce les difficultés des élèves », afin d’apporter au plus vite des remédiations. Partant du constat que de nombreux outils existent dans les académies, le ministère a eu la volonté d’uniformiser ces outils et de répondre à « une demande du terrain ». Le ministère invoque le principe d’égalité et la nécessité d’une base partagée par tous, afin de faire un diagnostic sur l’ensemble du territoire.

Les évaluations auront lieu dans le courant du mois de septembre pour tous les élèves de CP (public et privé sous contrat), la date précise étant laissée à la libre appréciation des enseignants. Elles obéiront à un protocole national sous forme de livrets papiers pour les élèves ainsi que de deux cahiers de consignes de passation pour les enseignant-es. Ce protocole est explicité dans les documents d’accompagnement des évaluations, ainsi que dans la note aux Recteurs, IA et IEN : « Les passations [se dérouleront] dans le courant du mois de septembre selon les modalités suivantes : 4 séances de 20 minutes en français, 3 séances de 10 minutes en mathématiques. »

Les exercices proposés visent à évaluer les compétences « analysées par la recherche comme déterminantes pour la réussite de l’apprentissage du lire, écrire, compter ». Dans la note aux Recteurs, IA et IEN, il est précisé que : « Cette évaluation permettra à chaque enseignant de classe de CP d’avoir une connaissance précise des acquis de l’élève. Elle viendra compléter, selon un protocole national, la synthèse établie en fin de grande section par l’équipe pédagogique du cycle 1 de l’école maternelle. »

Les enseignants auront à corriger sous forme de codage (0, 1 et 9 pour la plupart des items) et à rentrer les résultats dans un tableur. Ce tableur anonymé devrait être remonté à l’IEN et servirait avant tout au pilotage des circonscriptions, chargées de proposer des sessions de formation à l’issue de la remontée et de l’analyse des résultats de la classe : pilotage et accompagnement de l’action pédagogique sont les maîtres-mots de cette opération. L’enjeu pour le ministère est « d’établir une progression pédagogique adaptée correspondant aux besoins identifiés » et de créer un référentiel commun des « bonnes pratiques ». Cette idée est répétée dans la note aux Recteurs, IA et IEN : « L’objectif est d’offrir une base fiable et utile pour choisir les meilleurs outils pour un enseignement adapté aux besoins de chaque élève, répondant à leurs difficultés et contribuer ainsi à atteindre l’objectif de 100 % de réussite à l’école primaire. » Le ministère estime que ces évaluations n’alourdiront pas le travail des enseignants puisqu’elles peuvent se substituer à celles élaborées dans les écoles.

Pour l’heure pas de remontée nationale mais des statistiques nationales ne sont pas écartées.

A terme, le souhait du ministère est de numériser la passation de ces évaluations comme c’est le cas pour les évaluations de 6ème. A court terme, il constate l’impossibilité d’équiper les écoles.

Il est demandé aux Recteurs, IA et DASEN « d’assurer localement l’impression et la diffusion aux enseignants. »

Les parents devront être informés à la fois de la passation et des résultats de cette évaluation dans le cadre d’une « logique de construction du lien école/famille ». Pour le ministère, il est nécessaire de pointer ce qui ne va pas pour « éradiquer » l’échec scolaire. C’est une manière de redonner la possibilité aux enseignants d’échanger avec les parents, bien que la note d’accompagnement ne le demande pas explicitement, se contentant d’évoquer une information destinée aux familles.

Ces évaluations s’insèrent dans une politique globale de lutte contre l’échec scolaire comme les CP à 12 afin d’atteindre « 100% de réussite à l’école primaire ».

Le ministre en personne rencontrera tous les IEN afin de les aider à impulser cette dynamique sur l’ensemble du territoire.

2/ Le point de vue du SNUipp-FSU

Avec ces nouvelles évaluations CP, qui peuvent être le préalable à des évaluations nationales à chaque étage de la scolarité obligatoire, c’est le pilotage par l’évaluation du système éducatif qui serait affirmé, avec toutes les conséquences que cela impliquerait en termes de restriction du pouvoir d’agir des enseignants, de normalisation des pratiques et des contenus d’apprentissages. Les évaluations en mathématiques reprennent davantage les attendus de la maternelle. On note cependant essentiellement des situations de dénombrement et l’absence de manipulations.

Pour le SNUipp-FSU, les évaluations doivent d’abord être un outil au service de la réussite des élèves et faire l’objet d’une appropriation et une élaboration collective.

Plusieurs éléments des évaluations proposées par le ministère entrent en contradiction avec cet objectif :

• Quelle est la finalité de ces évaluations ? S’agit-il d’évaluer le système auquel cas il faudrait recourir à une évaluation par échantillonnage. S’agit-il d’une évaluation au service des enseignants auquel cas des possibilités d’adaptation au contexte de la classe et de choix des items sont indispensables. S’agit-il d’évaluer les enseignants par les résultats des élèves, de mettre en concurrence les écoles ? La volonté politique de ces évaluations n’est pas explicitée et nous invite à une grande prudence, voire méfiance.

• Un des premiers enjeux évoqués pour ces évaluations est le dialogue, le pilotage, la mise en place de formations par les IEN. Néanmoins la possibilité de remontées nationales n’est pas exclue. Les craintes de mise en concurrence des écoles ou d’évaluation des enseignant-es au mérite ne sont pas à écarter.

• Si les évaluations sont un point d’appui institutionnel pour indiquer aux enseignants les outils ou les méthodes auxquels ils doivent recourir c’est une négation de leur professionnalité, de leurs capacités d’élaboration d’outils au service des élèves, remettant en cause le principe de liberté pédagogique.

Les évaluations en lecture sont essentiellement basées sur les compétences grapho-phonologiques. Dans le cadre du pilotage local préconisé par le ministre, nous craignons que les IEN incitent à privilégier le travail de ces compétences au détriment de celles liées à la compréhension et au sens. On s’acheminerait alors vers une uniformisation des pratiques également contraire à la liberté pédagogique, uniformisation qui peut ne pas répondre aux constats des évaluations PISA pointant la recherche du sens comme une difficulté avérée. Il s’agit en fait d’évaluations diagnostiques avec un fort accent sur les compétences faciles à mesurer en lecture, à savoir celles liées au repérage grapho-phonologique, et avec une faible place accordée à celle concernant le sens et la compréhension.

• Ces évaluations peuvent constituer une évaluation de la maternelle avec une remise en cause des attendus de grande section. Qu’adviendra-t-il des modalités d’évaluation du cycle 1 ? Qu’adviendra-t-il de la grande section au sein du cycle 1 ? Le ministère annonce une complémentarité des évaluations alors que leur philosophie est différente voire opposée : l’une étant fondée sur l’observation attentive et continue des progrès des élèves, l’autre pointant les échecs à un instant T. Cela annonce-t-il la mise à l’écart des programmes 2015 et un cadrage renforcé des pratiques enseignantes ?

• Placées en début d’année, ces évaluations auront des résultats socialement marqués alors que l’« arrêt sur image » à cette période est rarement confirmé. De plus elles seront potentiellement anxiogènes pour les élèves et leurs familles. Les disparités liées au développement de l’enfant ou l’âge réel des élèves peuvent être abusivement interprétées comme des marques de difficulté scolaire.

La question du temps correspondant à la charge de travail supplémentaire est évacuée par le ministre. L’expérience d’autres évaluations nous informe pourtant que l’exercice est chronophage et pèse sur la vie professionnelle et personnelle des enseignant-es.

• La consigne ministérielle est de fournir les documents imprimés aux écoles. Le SNUipp sera attentif à l’application de cette consigne, il est important que l’impression des documents n’ampute pas les crédits pédagogiques, ni le temps des enseignants notamment dans un contexte de suppression des aides administratives à la direction d’école.

Le 100% de réussite au CP dans les propos du ministre s’est transformé en 100% de réussite à l’école primaire dans la note aux recteurs. Est-ce là un premier résultat de ce qu’a porté le SNUipp-FSU lors de la rencontre au ministère du 28 août ou une erreur d’écriture ? L’enjeu du temps long pour les apprentissages est fondamental, en particulier au cycle 2. Les élèves n’ayant pas une progression linéaire et identique dans les apprentissages, le fait de figer les performances construira artificiellement des situations d’échec scolaire. En ce sens l’objectif de 100 % de réussite au CP était, est un non-sens sauf à limiter la portée des apprentissages, en particulier en évacuant la maîtrise de la compréhension des textes lus.

3/ L’évaluation du dispositif CP à 12

L’objectif du ministère est « d’évaluer l’impact de la mesure de dédoublement des CP, en termes de progression des élèves par rapport à des CP ordinaires, et selon différentes modalités : CP dédoublés, PDMQDC,… ».

Le ministère a présenté uniquement le protocole, il n’y a eu aucune présentation du contenu de ces évaluations. Il s’agira d’une évaluation par échantillonnage : 200 écoles de REP+, 100 REP et 100 hors REP.

Il y aura un croisement entre des évaluations cognitives et conatives des élèves ainsi qu’une analyse des pratiques enseignantes.

La passation se fera sur tablette en septembre 2017 et juin 2018.

Remarques du SNUipp FSU :

● L’empilement des évaluations pour le premier mois à l’école élémentaire est problématique et peut construire un rapport à l’école défavorable aux apprentissages, notamment autours du statut de l’erreur.

● Le ministère est juge et parti pour établir un comparatif entre les CP à 12 et le PDMQDC. Les représentants du personnel doivent être consultés sur le contenu de ces évaluations.

● Les évaluations sur la cohorte « des CP dédoublés » sont programmées jusqu’en juin 2020. Quid de celles sur le PDMQDC ?

 

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