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11 février 2008

Suppression du samedi matin : les réflexions du SNU94

Voilà un point de vue qui, sans que nous soyons forcément toujours d’accord avec les camarades du 94, permet un autre éclairage. Un contrepoint utile.

1- Durée d’enseignement :

24 heures hebdomadaires : C’est donc moins d’école pour les élèves.

Si l’on ajoute l’heure d’EPS à réserver en plus des 3 heures hebdomadaires et que l’on prend en compte la généralisation à venir de l’apprentissage d’une langue vivante il va falloir nécessairement couper dans les programmes.

Ceux-ci sont en cours de rédaction afin de les recentrer sur le Lire - écrire - compter au cycle II et le socle commun au cycle III. Les livrets de compétences sont en cours « d’expérimentation » centrée sur le socle commun réduisant ce qui est évalué à l’école Primaire.

De là à réduire aux acquêts et s’en tenir au socle commun  ??? Tout du moins dans le temps scolaire, ce qui offrirait toute possibilité de laisser les familles responsables de l’Éducation à certains domaines ??? (Hist. géo, éduc civique, sciences, musique, arts …)

Nous ne sommes pas loin d’une vision « tête bien pleine » qui se remplit par empilement des connaissances reconnues par l’Ecole. (Cf les livrets de compétences)

2 heures « supplémentaires » pour les élèves rencontrant des difficultés dans les apprentissages  :

Cela confirme ce qui est à craindre ci-dessus : que l’Ecole se résumerait à des apprentissages quantifiables qui pourrait se satisfaire de moins d’heures d’Ecole. Car de fait l’essentiel des élèves aura 2 heures d’école en moins. Sans oublier que les élèves en difficulté ne verront pas tous le maintien des 2 heures.

La différenciation pédagogique au sein de la classe :

Tout est donc renvoyé à la classe avec son maître, mais dans le même temps il est enfin fait référence à d’autres maîtres en plus donc à une pluri intervention auprès de la classe et de ses élèves. Sans toutefois faire référence à des maîtres en surnombre affectés dans l’école ce qui ouvre la porte à des maîtres venant d’autres cycles, d’autres écoles, d’autres villes ….pour cette action spécifique de l’aide hors temps scolaire.

De plus la référence aux RASED est explicite ce qui les réintroduit dans leur rôle d’aide, mais limite en même temps leur intervention au seul champ des apprentissages et les place aussi sur le hors temps scolaire. On ne peut que remarquer ici la cohérence avec le souhait exprimé par le ministre de « rafraîchir » les missions des RASED.

108 heures annuelles :

Voilà une référence nouvelle à une annualisation du temps de service en tout ou partie… Même si cela avait déjà été engagé avec les 36 heures qui restent aménageables sur l’année hors des samedis libérés. Cette annualisation c’est une école à la carte avec des ambitions et des obligations de services modulables et différentes d’un enseignant à l’autre, d’une école à l’autre (Cf EPEP, Pochard, Nouvelle gestion)

Attention, le texte ne parle pas de l’autre annonce ministérielle récente : celle concernant le « rattrapage scolaire » programmé (stages de rattrapage en CM durant les congés de Pâques) qui reste actuellement encore sans mesure de mise en oeuvre : volontariat des collègues ? Heures sup. ? Temps de service contraint ? Échange d’heures ? Ce dispositif sera-t-il articulé avec les 24h + 2.

Mais alors où se construit la socialisation des élèves, la socialisation des apprentissages ? Quelle conception de l’hétérogénéité des élèves et des apprentissages ?

Une identification précise des élèves concernés

A- Les élèves n’existent plus que sur le plan de leur performances scolaires. L’erreur reprend le statut de faute à laquelle il faut remédier par un traitement approprié. Manque le cheminement.

B- A contrario, le regard du maître est recentré sur la difficulté concrète de ses élèves et l’institution le contraint à s’y confronter. Mais … elle l’invite à en « externaliser » le traitement sur le hors temps scolaire, uniquement en groupe homogène de difficulté, en d’autres temps on aurait parlé de niveau…

C- La difficulté scolaire est réduite à une question de bon apprentissage...

Le repérage des difficultés des élèves

Soyons clair tout repose sur l’école.

L’IEN n’est là que pour « réguler », autrement dire « tant que tout cela se passe bien, dém… vous ! »

Pourtant, sans doute sera-t-il « invité » à s’assurer que les collègues de cycle 1 sont bien en action pour assurer des heures au cycle 2.. Et que faire des enseignants d’élèves d’un secteur sans gros besoin ? Les recruter pour accompagner les élèves d’une autre école ?

Pourtant qu’en sera-t-il alors du respect du mouvement des collègues ? Des remplaçants ?…

Ne risque-t-on pas un retour d’un certain autoritarisme pour mettre en place ce qui ne sera pas accepté ?

Comment les inégalités territoriales, géographiques de répartition de la difficulté scolaire, ne conduiraient-elles pas à de nouvelles inégalités entre les collègues dans le cadre de ce dispositif ? Concentrées qu’elles sont en ZEP et sur des quartiers spécifiques !

Les outils dont disposent les enseignants.

Tous uniquement didactiques, aucune référence là aux missions des RASED, aux aides extérieures possibles, aux services de santé, d’éducation. Ceux-ci ne peuvent être éventuellement susurrés qu’à travers la référence à l’accompagnement éducatif local.

Au passage les évaluations nationales sont définitivement instrumentalisées au service du repérage de la difficulté scolaire et du socle commun  : plus aucun recul sur le système éducatif. L’évaluation relève du local, uniquement du travail des élèves.

Ce qui est confirmé par le paragraphe suivant dans lequel est précisé qu’il n’existe aucun dispositif national unique.

Doit-on compter au nom de ces outils la publication des résultats scolaires des écoles, par ailleurs annoncée ?

Les dispositifs d’aides

A noter que les RASED disparaissent à nouveau de ce paragraphe en tant que tel, seule subsiste la référence aux enseignants spécialisés.

Par contre apparaît la notion de maître surnuméraire durant les temps scolaires mais uniquement en référence aux ZEP : donc aucune nouvelle fenêtre ouverte.

Il est d’ailleurs bien rappelé que le premier outil c’est le recours au maître de la classe dans le cadre de la pédagogie différenciée.

A noter que les PPRE prennent un autre sens, puisque de partenariaux, ils deviennent uniquement institutionnels (cf paragraphe suivant).

Les temps de l’aide

Au passage, le texte réintroduit la possibilité de travail le mercredi matin…(9 1/2 journées). Mais il se garde bien de mettre le dispositif en place, renvoyant au local la gestion des conflits : avec les collectivités locales (centre de Loisirs), les associations culturelles et sportives diverses, les Églises ….(Cf attaques laïcité)

Rien n’est prévu pour la cohérence avec, les ateliers d’aides aux devoirs, ni avec les études dirigées du soir organisées par les villes et rétribuées aux collègues. Quid des heures péri-éducatives ???

Que dire des problèmes de transport des élèves ?

Les 2 heures disponibles des maîtres ne se traduisent pas nécessairement par 2 heures pour chaque élève à aider. La « dose » sera instillée selon les besoins définis par le Conseil des maîtres. Mais le maître est celui qui met en oeuvre ou coordonne.

Le Conseil de Cycle n’est plus mentionné. C’est un recul sur ses missions originelles. C’est un effacement de la notion de cycles d’apprentissages, sans doute au profit d’une vision plus linéaire des apprentissages. C’est cohérent avec la réapparition annoncée de programmes délimités pour chaque niveau (CP, CE1, CE2 …) Plus d’objectifs de cycle …

De la construction des savoirs on revient à leur seul apprentissage, à la vision d’empilement de ces connaissances. (Cf refonte des programmes, socle commun, livret de compétences, évaluations nationales)

La maternelle se trouve d’ailleurs aussi sérieusement fragilisée puisque ses enseignant(e)s seront appelé(e)s en abandonnant leurs missions spécifiques à intervenir sur les aides hors temps scolaires des élèves d’élémentaires. (CP, CE1 … mais rien n’indique que cela se limitera là) On est loin de la prise en compte de ses spécificités et de la reconnaissance de l’identité professionnelle attendue par ses maître(sse)s.

L’implication des parents

Aucun rôle rôle réel défini pour eux dans le projet  : pas même la recherche de réel partenariat autour de la construction des connaissances. Que signifie au juste : «  engager chacun dans un processus de réussite scolaire » ? S’agit-il des adultes (parents et enseignants ensemble), des élèves ?

S’il s’agit des parents et enseignants ? comment définir les missions de chacun dans le cadre de ce processus de réussite scolaire ? Qui sera à même de construire ce processus ? L’école ? Les parents ? Combien qui ne savent pas ou peu lire (ou parler la langue) ont déjà tant de mal à s’imaginer un rôle dans la scolarité ? L’école devra donc leur transmettre ce qui constitue son « bagage de fonctionnement familial » (cad celui des enseignants) ? Il ne sera pas simple le dialogue !

C’est pourtant à cette logique que conduit la non référence au paragraphe précédent aux RASED, aux aides extérieures possibles, aux services de santé, d’éducation.

De plus en sortant le traitement de la difficulté du temps scolaire, élèves comme parents se trouvent « désignés » ? Ne seront-ils pas stigmatisés par ces horaires particuliers, ces contraintes nouvelles sur une vie souvent déjà difficile (précarité du travail, monoparentalité…).

Au final, c’est l’Ecole qui dictera ses choix, mettant les parents de ces élèves devant le chantage de la responsabilité dans l’échec de leur enfant.

Mais aussi qui peut certifier que des parents dont l’enfant éprouvera quelques difficultés, pour lesquelles l’Ecole n’aura pas pu ou pas choisi une aide hors temps, ne viendront pas ensuite reprocher à cette Ecole de ne pas avoir aidé leur enfant ? D’où multiplication des malentendus, des conflits aux dépends du partenariat nécessaire. Notons que leur adhésion doit être recherchée, mais qu’ils ne sont justes considérés que comme devant être informés de l’emploi du temps.

L’Ecole décidera-t-elle du calendrier hors temps scolaire des élèves ?? Alors les conflits ne sont pas terminés.

L’organisation du travail des enseignants

Les collègues gagnent la reconnaissance de 12 heures pour la concertation et les relations aux parents. Toujours cela de pris, mais cela répond-t-il aux attentes ? Pour les collègues comme pour les élèves ?

Le SNUipp avance depuis de nombreuses années la solution du plus de maîtres que de classes qui offrirait l’avantage de permettre :

- Aménagement d’horaire de service (vers les 18h)

- Travail en petit groupes

- Alternance formation continue/classe

- Intervention de personnels spécialisés pour aider à la gestion de la difficulté scolaire …

Il a avancé ces propositions dans la négociation avec le ministère : refus absolu de s’engager sur une voie que la volonté de réduction du budget condamne….

Le choix effectué est donc d’abord économique et non éducatif. Notons cependant ce que Dominique de Villepin exprimait ces jours-ci et qui ne peut manquer de nous interroger aussi : « la construction des savoirs est une idée héritée de 68, il faut la combattre » !

Plusieurs observations : même si la satisfaction de voir le travail obligatoire du samedi matin abrogée est grande, les collègues savent bien qu’il leur restera des samedis ou mercredis matins ou des soirs qui seront consacrés à ces activités. Malgré l’annualisation que cela représente, ils pourront en être dans un 1er temps satisfaits.

Pour autant reste une interrogation qui se fait jour : les modalités d’accord des équipes ??? Beaucoup craignent sur ce point un renforcement du rôle des directions aux dépends du conseil des maîtres. Le rapport aux EPEP semble ici d’évidence.

2ème aspect : les 60 heures restantes devront être consacrées «  actions directes auprès des élèves concernés et au temps d’organisation correspondant, ou à des interventions en petits groupes ».

Qu’est-ce à dire ce « temps d’organisation nécessaire » ? Est-ce de la concertation supplémentaire sur ces 60 heures  ? Mais alors combien restera-t-il aux élèves ? Et combien d’élèves seront-ils alors concernés réellement sur une classe ?

Enfin « au cas où ces actions ne mobiliseraient pas tout ce temps pour un enseignant, les heures disponibles seront consacrées au renforcement du temps de formation hors la présence des élèves » Est-ce à dire que Hors ZEP par exemple, ou bien là où les difficultés scolaires restent occasionnelles, les collègues pourront obtenir du temps de formation supplémentaire ?

Autrement dit, pour se former, faudra-t-il être hors ZEP, ou bien « s’organiser » pour transformer l’aide aux élèves en formation en ne considérant plus d’élèves en échec. Incitatif non ! (Nouvelle gestion, annualisation ???)

Comme par hasard, la direction d’école sera traitée plus tard … Elle sera « l’objet des dispositions particulières (sans préciser les quelles ni le surcroît de travail dévolu aux directions).

Il aurait pourtant été facile de lui attribuer les 2 heures en décharge de service au titre de l’animation de ce projet.

Non, sans doute que ne pas répondre permet de maintenir la colère des collègues, colère qui est de plus en plus manifestement instrumentalisée. Dans ce but garder cela pour plus tard afin de faire mieux passer ainsi une nouvelle prochaine mesure sur le chemin des …… EPEP !

 

 

 

 

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1 Message

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