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5 novembre 2008

Les EPEP, une autre façon de casser l’école

Frédéric Reiss, rapporteur pour avis auprès de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales sur le projet de loi de finances pour 2009, a remis son rapport le 16 oct. et l’a défendu le 28. Ce député UMP, par ailleurs l’un des trois « initiateurs » de la future loi sur les EPEP a une conception très particulière de l’enseignement scolaire. Si vous voulez lire l’intégralité des travaux cités : http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/budget/plf2009/a1199-tv.pdf

Pour lui tous les maux de l’école primaire viennent de ce qu’il n’y a pas de chef !

44 464 directeurs (lui ne parle pas de directrices) et pas un seul chef ! Pire, « le directeur n’est qu’un enseignant » (p.14). Il n’a « aucun pouvoir hiérarchique sur ses collègues » ; il n’intervient même pas dans « l’évaluation ni dans aucun acte de gestion des enseignants ». C’est là le boulot des IEN comme le conseil pédagogique « or cette dernière fonction est loin d’être assurée par les inspecteurs »… On poufferait si ce que vise M. Reiss et ses amis n’était si grave.

C’est ainsi qu’il constate : « le statut du directeur d’école ne lui permet pas de se consacrer à plein-temps à son métier ». S’il n’y avait le mot « statut », on pourrait distraitement trouver ici un point de vue à partager. Nous avons toujours dit que les directrices et directeurs avaient besoin de temps. Mais quand M. Reiss parle de « métier », il s’agit du métier de chef, pas de l’enseignant. D’ailleurs tout du long de son rapport (41 pages), le beau métier, le métier utile celui qui peut apporter lumières et réussite scolaire, c’est celui de chef. Les enseignants ne sont que des exécutants, un peu cossards d’ailleurs, que l’on se doit de mieux encadrer. Et pour cela, il faut soigner la formation des chefs leur apporter un « sens du management [1] », les aider à intervenir dans la pédagogie des enseignants.

Alors M. Reiss a une solution, il faut dépasser les écoles et créer des Etablissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP) avec un chef, qui aurait un statut. Et là de citer pêle-mêle un syndicat (le SE-UNSA) et une association (le GDID) sans doute pour habiller son idée de quelque légitimité mais sans s’embarrasser vraiment des positions des uns et des autres [2].

Et sa solution aurait fait ses preuves puisqu’elle est issue de l’actuel statut des directeurs de l’enseignement catholique associé à l’État par contrat (p.20). Alléluia ! pourrait-on s’écrier.

M. Reiss remarque toutefois qu’il y a quelques obstacles.

La crise de la direction a des fondements réels qui n’ont pas disparu depuis la signature d’un protocole d’accord entre De Robien et le SE-UNSA (p.21).

Les gens et les élus sont attachés à l’école communale même si « l’école n’est la propriété de personne ».

Et puis, il y a trop d’écoles et elles sont trop petites pour donner un statut à tous les directeurs (61 660 en 1980-81 et 49 928 en 2007-08).

Tant pis, pour le rapporteur, on pourra continuer à recruter les directeurs sur liste d’aptitude à condition de « renforcer leur autorité pédagogique sur leurs collègues professeurs » (p.34), et de prévoir que « l’évaluation de l’école serait conduite par l’inspecteur d’académie et porterait sur le projet d’école ». Tiens, où sont passés les IEN ?

Il faut des EPEP pour créer ce statut de chef. Il faut des EPEP, car ce serait un « extraordinaire facilitateur dans la gestion des emplois contractuels » (p.35). Il faut des EPEP pour permettre l’autonomie pédagogique. Il faut des EPEP pour promouvoir le pilotage par la performance et le mérite.

Il faut des EPEP pour « envisager pour des raisons pédagogiques évidentes, de regrouper, dans un avenir pas trop lointain, écoles primaires et collège(s) sous un même établissement » (p.36).

Elle est terrible cette petite musique qu’ils nous distillent les Reiss, Darcos, Sarkozy : nous croyions naïvement être des enseignants, c’est-à-dire tous les jours des créateurs. Non, nous sommes des instruments dans les mains de nos chefs, des cocheurs de case, des évaluateurs de fond… Naïvement, nous croyions être les premières marches de l’émancipation alors que nous ne sommes que des auxiliaires du contrôle social.

Ya basta ! Nos collègues et camarades italiens étaient 1 million dans la rue l’autre jour pour l’école.

TOUS EN GREVE LE 20 NOVEMBRE !

[1] l’italique n’est pas nôtre : sans doute est-elle là pour souligner l’orthodoxie du propos avec les textes fondateurs de l’horreur économique.

[2] le fait que le SNUipp ne soit pas cité serait plutôt pour nous réjouir s’il ne démontrait pas combien peu de cas est fait actuellement de la représentativité des organisations, et donc de l’avis des personnels.

 

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2 Messages de forum

  • Les EPEP, une autre façon de casser l’école

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