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24 mars 2006

Note sur Base élève

Ce texte est un témoignage, en cela il n’engage que son auteur, qui s’exprime à titre personnel même s’il est militant du SNUipp. Il a semblé au SNUipp12 que ce témoignage pouvait être utile à tous. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires : snu12@snuipp.fr.

Appelé comme tous les directeurs de ma circonscription à participer un stage visant à nous présenter Base élève, je me suis présenté ce 6 mars 2006 sur ce « stage ». Etaient présents, outre les directrices et directeurs d’école de la ville et d’une ville voisine, les conseillers pédagogiques informatiques du XX, l’IEN, (sont également venus durant ce stage l’IEN de l’autre circ ainsi que l’IEN chargé par l’IA du dossier « Base élèves »), la secrétaire de l’IEN, la coordo ZEP, les employés municipaux chargés des affaires scolaires. A noter que l’essentiel des directions représentées sont déchargées au moins 1/2 tps (75%) et qu’elles possèdent déjà un logiciel de gestion de l’école (80%).

Il faut signaler que tous les directeurs de la circonscription s’étaient vus auparavant. Nous avions pu constater notre mutuelle défiance vis à vis d’un système qui apparaissait curieusement centralisateur.

Curieusement parce que :

1- le 1er degré est depuis toujours géré par les départements, donc décentralisé (gestion des personnels, carte scolaire, formation, suivi de carrière, horaires …) ;

2- les évolutions institutionnelles les plus récentes (qu’on les partage ou non) vont dans le sens d’une décentralisation des gestions … ;

3- les instructions officielles elles-mêmes insistent (qu’on soit ou non d’accord avec cette évolution) sur le suivi individualisé des élèves, au plus près de la réalité quotidienne et de son environnement immédiat.

Nous avions donc convenu de nous réunir le midi du premier jour afin de prendre en compte les informations donnant les caractéristiques de ce programmes et de prendre ensemble une décision concernant notre participation ou non, ou avec quelles limites. En ce début de stage, nous avons donc informé l’IEN responsable du « stage » que nous lui ferions part de notre position commune en début d’après midi. Sa réaction fut claire :

1- il s’agit d’un engagement individuel : évidemment l’institution tente de faire de cette tâche une tâche obligatoire de chaque directrive(teur).

2- nous fûmes qualifiés « d’invités » volontaires ayant répondu à une invitation institutionnelle. En réalité, nous avons, après le début du stage, reçu un courrier de convocation au stage. De plus, il faut noter que l’administation avait trouvé les moyens de dégager autant de remplaçants que de directeurs : même ceux totalement déchargés (ce qui n’arrive jamais pour aucun autre stage … !). C’est dire la forme de « l’invitation »

Le cadre était posé … les attentes de l’institution éclairées !

Suite à la présentation courte (1h30 / 2h) nous fûmes invités à entrer nos données d’école pour « permettre une poursuite du stage ». Cette présentation, bien qu’anodine, nous permis de constater que les renseignements obligatoires, étaient pour l’essentiel apparemment remplis par celui qui réalise l’inscription : dans notre département, cela signifie la Mairie ! Nom et prénom de l’enfant, date et lieu de naissance, adresse, nom et prénom des parents, adresse de ceux-ci. La nationalité de l’enfant n’est demandée de remplir qu’à l’admission par le directeur d’école. Le reste des champs possibles n’ayant d’évidence apparemment aucun caractère obligatoire. A noter que même s’ils sont très nombreux, la base (lourde à gérer) ne permettra pas une gestion aussi souple et simple qu’un bon logiciel de gestion d’école, adaptable aux besoins de chaque école en fonction de la réalité des besoins locaux. Nous avons donc collectivement décidé de nous en tenir au minimum, et de porter tous les enfants comme « Français ». De ne remplir aucun autre champ en particulier tout ce qui concerne les résultats, les suivis RASED, aides diverses, les intervenants éventuels, santé, absences … mais de seulement reporter la classe de l’élève.

Le reste du stage consista en journées pour … remplir la base : très long : en 2 jours et demi à plein temps et en ne remplissant que le minimum nos collègues les « mieux intentionnés » n’avaient rentré au maximum que 120 noms. Il faut noter que certains « stakanovistes » avaient travaillés le soir, chez eux, portant leur résultat à 150 noms : Ce qui montre combien la tentation est grande …

Le dernier jour un approfondissement fut proposé pour que chacun sache bien entrer plus profondément dans le logiciel : gestion des classes, des groupes, des items divers.

Cerise sur le gâteau une 1 nouvelle journée de remise à niveau nous est annoncée pour cette fois faire le point des difficultés rencontrées, entrer des données nouvelles, les croiser …exploiter plus à fond les possibilités de la machine.

Soit dit au passage que lorsque l’institution veut se donner les moyens de formation elle peut le faire. Sans doute faut-il y lire là la hauteur de l’intérêt porté à cette innovation ! On eut aimé autant d’investissement dans la formation informatique de tous les collègues par exemple voici 10 ans.

En guise de première analyse à chaud :

1- Il est clair que cette façon « light » de remplir le logiciel peut paraître anodine, mais :

 a- après examen, il faut observer que la mémorisation de la carrière scolaire des élèves, se fera automatiquement chaque année, par le seul fait de changer d’année et de créer des classes nouvelles, et que le logiciel prévoit de pouvoir y adjoindre le nom de l’enseignant (ce qui pose le pb de l’acceptation des collègues de voir leur nom y figurer…)

 b- les données entrées et une fois le numéro national d’identité de l’élève attribué (48h) sont quasi in-modifiables pour tout ce qui constitue des champs obligatoires (il faudra des autorisations administratives pour chaque changement même anodin - majuscule, date …)

 c- les champs obligatoires sont beaucoup plus nombreux qu’ils n’y paraît, puisqu’en fait il en apparaît de nouveaux à chaque nouvelle étape d’entrée plus en profondeur dans les items. Ainsi, chaque doigt mis dans l’engrenage oblige à un minimum de concessions, de sorte que des renseignements incontournables sont alors exigés… et deviennent inchangeables !

 d- la mairie a ainsi la possibilité à l’inscription de faire figurer le niveau, le cycle de l’élève accueilli. Ceci constitue une révolution : jusqu’ici, le maire inscrivait, l’école affectait et décidait du parcours de l’élève : le certificat de radiation n’ayant pas à être communiqué à la ville, mais au directeur de l’école à l’admission. Il faut noter qu’une fois cette affectation enregistrée, il est complexe de la modifier. De là un induire un risque d’espace nouveau pour les édiles locaux pour faire pression sur le parcours scolaire des élèves …

 e- cette même mairie est chargée d’initier les processus qui, de ce fait, ne reposent plus sur les enseignants mais les place en situation d’utilisateurs. Ils ne sont plus directement « responsables » de cette base. Pas davantage que l’employé de mairie qui ne mettra lui que des informations d’apparences anodines. La base étant ensuite soit auto incrémentée, soit complétée petit à petit … De grandes précautions sont donc prises pour déresponsabiliser ; chaque utilisateur pouvant se sentir soumis à une machine qui le dépasse largement et donc renvoie les responsabilités à ailleurs, à d’autres, inconnus et lointains. C’est le principe même des machines totalitaires de chercher à déresponsabiliser l’individu pour, en le déculpabilisant, lui faire accomplir des tâches auxquelles il se refuserait seul, en toute conscience.

 f- la tentation technologique est grande pour de nombreux collègues dépourvus de tous moyens de gestion d’utiliser cette base comme un outil courant de gestion de l’école : cet outil pouvant répondre aux besoins "de base", même si la gestion en est lourde (création de listes, répartition des élèves, émissions de certificats divers, tris possible avec créations d’états …)

 g- l’incitation sera grande pour aller vers une utilisation toujours plus large. Confronté seul que sera le directeur, aux exigences institutionnelles qui ne feront que croître encore. On entend d’ici les « ne vous inquiétez pas, c’est simple, il vous suffit de remplir le champ « X » et vous répondrez à telle attente » ou bien « vous n’avez qu’à compléter le champ … ».

 h- Beaucoup reposera sur la conscience individuelle et la plus ou moins grande « vigilance » idéologique de l’utilisateur directeur bien sûr mais aussi mairie, IEN, IA …En fait, de nombreux champs (fréquentation scolaire, nationalité, profession parentale, santé, aide spécialisée, carrière scolaire, indisciplines … ainsi que ceux qui ne manqueront pas d’y être ajoutés dans l’avenir), pourront constituer une base de renseignements croisables pour des objectifs d’encadrement des politiques sociales. L’argument opposé sera bien sûr celui du caractère démocratique de la société française (CNIL …). Mais enfin il suffit de se rappeler la volonté affirmer du ministre de l’intérieur de pouvoir dans l’avenir croiser les données de la sécurité sociale et des impôts pour imaginer ce qui pourrait être fait de Base élèves. D’autant que l’on connaît déjà la capacité informatique phénoménale de connaître la vie, les opinions, les actes, les achats, les goûts .. de chaque citoyen.

2- Cette réalité fragilisera une consigne de boycott rendue moins audible de ce fait. Il apparaît en revanche que, pour que ce système soit totalement performant, il faut que tous jouent le jeu : une inscription pour être possible suite à mutation implique que l’école d’origine ait radié l’élève… Donc des blocages sont possibles en terme de prévisions d’effectifs …il suffit de quelques récalcitrants.

3- Le système volontairement centralisateur ne peut être un avatar de la conception logicielle. Une autre logique eut été possible si l’institution avait voulu réellement aider les directrices(teurs) d’école. Fourniture d’un logiciel performant (et sans doute davantage que celui là) et demandes périodiques de fournitures d’extractions précises laissant le contrôle de ce qui est transmis à l’utilisateur principal. Le simple fait de ce choix, doit alerter sur l’intention.

On peut se demander à qui la centralisation nationale de toutes ces données pourra-t-elle servir ?

De quelles données les administrations peuvent-elles avoir besoin en dehors de la caution d’une géographie de l’école plus performante (des extractions globales suffiraient) ou de la gestion plus à flux tendu des effectifs ?

Déjà les statistiques tirées sur les évaluations doivent nous servir d’expérience : depuis maintenant 7 à 8 ans on est passé d’une évaluation de l’efficacité des performances du système éducatif à une individualisation des résultats pour en faire un outil de culpabilisation des maîtres, des élèves et des familles. Abandon au passage de la conception d’un enfant en construction (avec ses aléas) vers celle d’un « petit adulte » qui doit linéairement répondre à des attentes précises. L’ erreur de l’élève conduit au préceptorat, le préceptorat à la culpabilisation et à la désocialisation des savoirs comme de l’enfant

En une période où les élites politiques s’emploient à utiliser les peurs pour gouverner (maladies, banditisme, terrorisme, religions, communautarisme, insécurité sociale, économie, pollution …) des populations de plus en plus souvent marginalisées par la précarité doivent être encadrées. La paix sociale est indispensable pour que le système puisse continuer.

Comment, dans ce cadre, ne pas rapprocher cette création de base élèves du rapport Benisti, commandé par le gouvernement ? Comment ne pas y interroger la conception du risque des "comportements déviants" des enfants dès leur plus jeune âge ? ou l’amalgame qui y est fait entre « délinquance" et "familles issues de l’immigration" ? Comment par ailleurs ne pas rapprocher cette innovation de la Loi Organique relative aux Lois des Finances (LOLF) , qui insiste sur une gestion au plus près les effectifs (carte scolaire), pour passer "d’une culture de moyens à une culture de résultats ?". Résultats mesurés en terme de prévision : résultats attendus pour une population donnée qui conduisent à une ambition localisée : ceux-là en apprentissage à 14 ans, ceux-là en dérogation au secteur scolaire vers des formations, ceux-ci sur les voies d’excellence ….

Cette base élèves constitue, me semble-t-il, en fait, derrière le prétexte technologique, un maillon d’un dispositif d’encadrement de la population. Elle procède à son niveau et avec toutes les précautions « démocratiques » prises pour la rendre anodine, d’une chaîne d’innovations idéologiques pour assurer une gestion toujours plus fiable des effets dévastateurs des politiques économiques et sociales poursuivies dans le cadre de la soumission aux besoins du capitalisme. Cet objectif conduit les élites politiques fidèles à ce choix à se doter d’outils performants de la gestion des risques. Le principal de ceux-ci étant les luttes sociales. A cette fin, elles développent des outils de gestion et de culpabilisation ; Base élèves me semble en procéder.

Comme tous les outils bien conçus, elle sera difficile à combattre et demandera de la démonstration pour être remise en cause dans les têtes. Combattre par la dénonciation du danger ne suffira pas, il faudra accompagner l’expérience en invitant à ne pas prendre de risques inutiles qui seraient irréversibles.

M.S.

 

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