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2 avril 2006

CPE - Vues d’Europe

D’Allemagne : Heureusement que les Français sont là !

Les défenseurs du libéralisme expliquent que la contestation a des origines spécifiquement françaises. Ce n’est pas faux : mener une politique de l’emploi sans dialogue social ni débat parlementaire est spécifiquement français et autoritaire. Mais cela ne peut faire oublier que les Français se battent non seulement contre la méthode, mais aussi contre le contenu. En ce sens, ils s’opposent à une politique européenne qui redistribue de bas en haut, annihile les conquêtes sociales et vide de sa substance le droit du travail. Alors que les changements de régime en Allemagne sont le fruit de guerres perdues ou de Mur effondré, les Français, eux, les provoquent. Dans les phases critiques, ils se souviennent des luttes passées. Le seul fait qu’ils aient le courage de partir seuls à la bataille mérite l’admiration. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Dommage qu’ils soient encore isolés.

Dorothea Hahn Die Tageszeitung

DE LA PRÉCARITÉ ET DU MODÈLE FRANÇAIS - De Grèce : Grâce à vous, étudiants français

Dominique de Villepin a son sosie ici, en Grèce. La mesure proposée en France, qui favorise les licenciements non motivés, a été votée par l’Assemblée nationale grecque à l’été 2005. Personne n’a alors réagi, mais la précarité était installée. Aujourd’hui, les étudiants français envoient un message qui traverse les frontières et s’adresse à nos dirigeants qui prévoient de mettre en ¦uvre une politique de rigueur néolibérale. Pour les étudiants grecs, le climat social justifie une contestation générale. Les jeunes veulent s’appuyer sur l’initiative française pour demander le retrait des mesures draconiennes de diminution du coût des heures supplémentaires et d’extension des horaires de travail qui ont précédé la réforme. Les étudiants ont déserté les universités ces jours derniers, et un appel à manifester a été lancé pour le 23 mars. Grâce au message des Français, les jeunes Grecs se sentent prêts à lutter à leur tour contre les manigances des politiques sur le plan social. Le gouvernement grec craint à présent une grande mobilisation des travailleurs et des étudiants. Il a d’ailleurs pris ses distances avec M. Kyriakopoulos, le président des industriels de Grèce, qui a provoqué un tollé en apportant son soutien au Premier ministre français, ce qui lui vaut depuis le surnom d’³Odysseas de Villepin². Plus qu’une inquiétude pour la précarité, les étudiants grecs se mobilisent pour leur avenir. Ils envisagent même de porter l’affaire devant l’Union européenne et demandent pour cela le soutien des autres pays européens.

Christos Mega Eleftherotypia

D’Espagne : Trahison

Les derniers événements viennent confirmer les pires soupçons que l’on avait sur l’étape finale de la présidence de Chirac. Une étape qui a débuté par l’immense fiasco du rejet de la Constitution européenne, s’est poursuivie avec la vague de violence dans les banlieues à l’automne dernier et commence maintenant à ressembler à une agonie. Chirac a entraîné Villepin dans ses contradictions. En tentant de faire passer une loi qui facilite soi-disant l’accès des moins de 26 ans au premier emploi mais permet aux employeurs de licencier sans motif, le président et le Premier ministre trahissent, aux yeux de larges pans de la population, un modèle social français dont ils disaient vouloir assurer la défense et la continuité.

El Païs

VU DU PORTUGAL - Tant de motifs pour aller crier dans la rue

La jeune psychologue portugaise Joana Amaral Dias, choquée par le mépris dans lequel on tient les jeunes, se place résolument dans leur camp. Crédits étudiants, tarifs réduits, Carte jeunesŠ une kyrielle de privilèges ! Pour les partisans du marché, le torrent humain qui a investi les rues françaises ne comprend pas que le CPE, qui permet le licenciement sans motif des moins de 26 ans pendant leurs deux premières années de travail, est une aubaine. C’est la solution au chômage des jeunes. Et les commentateurs n’ont pas manqué qui ont devisé sur l’utopie et l’ignorance de ces Français : s’ils lisaient les journaux, ils verraient que, sans le CPE, ils n’auront pas de travail du tout, ils comprendraient qu’on va combattre le chômage en créant plus de chômage. Ces partisans du CPE ne doivent pas avoir lu, cependant, les divers rapports montrant que cette mesure ne fera qu’augmenter le chômage des jeunes et ne contribuera d’aucune façon à en combattre les causes. Et, quand ils les ont lus, ils en concluent qu’on devrait l’appliquer à tous. Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au licenciement non motivé. Au moins les choses seraient clairesŠ Ce que les anti-CPE contestent, c’est cette scission entre les âges qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans. Mais leur contestation est aussi une lutte contre la légitimation du fossé entre les générations, contre la précarisation du travail, contre la discrimination et l’individualisme. Le CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque patron. Cette vague de contestation s’appuie, évidemment, sur un questionnement social de fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché que l’on interroge ici ; et ce sont de nouveaux intérêts publics qui se dessinent. C’est bien pour cela que l’alliance des jeunes et des syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu s’opposer à cette mesure de capitalisme sauvage. Le CPE est une attaque contre les attentes des jeunes, contre la possibilité de voir leurs projets se réaliser. Bien sûr, ceux qui ­ beaucoup sont d’anciens soixante-huitards ­ applaudissent au CPE diront que les jeunes sont d’irresponsables enfants gâtés : ils restent chez leurs parents jusqu’à 30 ans, n’ont d’enfants qu’après 35 ans, etc. Franchement, ça donne envie de sortir dans la rue et de crier.

Joana Amaral Dias Diario de Noticias

 

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