SNUipp-FSU Aveyron
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Déclaration à la CAPD du 8 septembre 2017
vendredi, 8 septembre 2017
/ Antoine Cantais
Ainsi donc l’école est condamnée à subir des mouvements incessants de balancier au gré des changements et alternances politiques. Nouveau ministre, nouveau déplacement à cette rentrée qui nous ramène du côté d’une école dont on pourrait croire qu’elle sent la naphtaline si on ne percevait pas avant tout le projet libéral sous-jacent. Une école avec des méthodes normatives, les bonnes méthodes, les méthodes efficaces, celles qui font leurs preuves ; une école faisant fi de l’environnement social et culturel des élèves, privilégiant un apprentissage mécaniste et individualiste avec une logique de parcours scolaires différenciés selon les « talents » ; une école qui réveille les vieilles lunes comme la lutte contre le pédagogisme, la méthode globale ou le retour du redoublement. Cette école n’est pas celle du SNUipp-FSU.

A nouveau, à travers cette communication, c’est l’opinion publique qui est prise à témoin en lui faisant croire que l’école souffre de trop de pédagogie. Et à nouveau, ce sont les enseignants, leur image qui feront les frais de cette prise à partie des citoyens.

Difficultés scolaires : pour le SNUipp-FSU d’autres choix sont possibles

Non, ce n’est pas dans le redoublement, ni dans un concentré d’école servi pendant les vacances scolaires, ni dans les APC qui allongent la journée des élèves les plus fragiles qu’on trouvera les réponses à la difficulté scolaire. Les réponses nous les trouverons dans la classe elle-même, avec plus d’étayage, plus de médiation, plus de présence enseignante. Mais pour cela, il faut diminuer les effectifs, développer les maîtres surnuméraires. Les réponses nous les trouverons dans les expertises et les interventions que peuvent apporter des spécialistes de la difficulté scolaire : mais pour cela, il faut abonder et développer les RASED.

Non aux APC !

C’est pour toutes ces raisons qu’à nouveau, pour cette nouvelle année scolaire, le SNUipp-FSU appellera les collègues à ne pas faire les APC. Mais c’est aussi parce que, face à la multiplication des tâches, face à un temps de travail dans et hors la classe qui explose, le SNUipp-FSU fait le pari du collectif de travail. Une heure par semaine de plus consacrée à développer le travail en équipe au sein de l’école ou à s’auto-former permet de faire progresser la professionnalité enseignante. Et au vu du poids de l’effet maître dans la réussite scolaire, une heure utilisée ainsi profite davantage aux élèves, notamment ceux en difficultés, qu’une heure d’APC mal définie, un ovni pédagogique entre soutien et activités « para-scolaires ».

Pour une baisse générale des effectifs et pour les PDMQDC

C’est pour toutes ces raisons encore que le SNUipp-FSU reste réservé quant aux CP dédoublés. Non que nous soyons contre la réduction des effectifs ; au contraire, nous la réclamons depuis toujours et sommes heureux de constater que l’institution reconnaît enfin qu’il s’agit là d’un levier primordial dans la réussite scolaire. Nous réclamons cette baisse d’effectif dans toutes les classes. Cependant, nous la contestons dès lors qu’elle se fait au détriment du remplacement ou du plus de maître que de classe, un dispositif à peine installé, jamais évalué et déjà démantelé.

Evaluation CP : Pour quoi faire ?

Dans son projet libéral, notre ministre rêve à nouveau d’indicateurs chiffrés pour piloter le système éducatif, pour évaluer les enseignants suivant les résultats de leurs élèves, pour établir un palmarès des établissements. Est-ce l’objectif des nouvelles évaluations CP ? En quoi ces évaluations placées en tout début d’année peuvent-elles aider les élèves et leurs enseignants ? Car la principale fonction de l’évaluation est bien d’être un outil permettant aux enseignants d’adapter les réponses pédagogiques pour aider les élèves à progresser. Placées durant le premier mois du cours préparatoire, ces évaluations risquent fort d’aboutir à un jugement hâtif sur les élèves et d’être fortement anxiogènes pour eux et leurs parents. De même elles risquent d’exercer une forte pression sur l’école maternelle qui risque à nouveau de perdre sa spécificité et de voir la grande section de maternelle réduite à une sorte d’antichambre du CP…. En proposant d’évaluer exclusivement le déchiffrage et le repérage de lettres ou de syllabes, le ministère réduit la lecture au simple décodage et veut enfermer les enseignants dans des pratiques tournées vers cette seule approche, tournant le dos aux objectifs d’égalité devant l’entrée dans la culture écrite car les évaluations internationales montrent bien qu’au final c’est la compréhension qui fait défaut. De plus, le repérage des difficultés des élèves n’est pas ce qui pose problème aux enseignants. Ce sont bien les solutions pour les surmonter qui manquent et sur ce point le ministère n’apporte aucune réponse. C’est pourquoi le SNUipp-FSU demande au ministère que ces évaluations soient à disposition des équipes, que les enseignants puissent les adapter au contexte de la classe et s’en emparer s’ils le jugent utile. C’est la condition pour qu’elles deviennent ainsi un outil pour les enseignants de l’école au service des apprentissages. Pour s’attaquer aux inégalités scolaires, il faut investir dans l’école, en développant notamment la formation des enseignants et en augmentant les postes d’enseignants spécialisés. Sans quoi, ces évaluations ne seront qu’un constat d’aucune aide pour les enseignants et leurs élèves.

Recruter avant tout sur liste complémentaire !

Et justement, ce n’est pas la direction qui est prise lorsqu’on décide de recruter des contractuels pour palier à l’insuffisance de personnel : plus de 100 en Haute-Garonne, 7 en Aveyron. Pour le SNUipp-FSU, pour faire face aux besoins des départements, ce sont avant tout des LC qui en passant le concours ont montré un véritable projet professionnel d’enseignant qu’il faut recruter. Et les recruter avec un véritable statut de fonctionnaire stagiaire avec une première année à temps plein sur les écoles avant de bénéficier de la formation initiale à la rentrée suivante.

Le SNUipp-FSU dénonce la suppression des emplois aidés

Si le SNUipp-FSU s’oppose à l’emploi précaire sous toutes ses formes, cela ne l’empêche pas de dénoncer à nouveau la réduction drastique du nombre d’emplois aidés qui va fortement impacter l’organisation des écoles mais surtout mettre en grande difficultés tous ceux qui perdent leur emploi. Pour le SNUipp-FSU, les personnels en contrat aidé doivent pouvoir bénéficier de la durée maximale de contrat prévue et avoir des garanties de retour à l’emploi, quelles que soient les missions exercées dans les écoles.

LSU = Danger

Enfin, le SNUipp-FSU12 continuera d’alerter sur tous les dangers inhérents à la mise en place du LSU : atteinte à la liberté pédagogique avec un format de livret figé car l’élaboration collective de cet outil dans les écoles était souvent l’occasion d’expliciter les choix pédagogiques de l’équipe ; et surtout utilisation impossible à contrôler des données recueillies. Qu’on nous explique en quoi il est nécessaire de centraliser les résultats de tous les élèves de France sur un serveur national. Et dès lors que ce fichage est effectif, plus rien ne peut garantir le droit à l’oubli. De plus, quel recruteur ne serait pas intéressé par les informations qui traceraient le parcours scolaire de candidats pour établir leur profil. Les géants de l’informatique font déjà pression pour récupérer ces données et les utiliser à des fins commerciales. Par conséquent, le SNUipp-FSU12 a décidé de prendre ses responsabilités en appelant les collègues du département à ne pas utiliser le livret scolaire unique

Face à l’urgence de combattre les inégalités scolaires, il est nécessaire d’investir dans l’école (les fameux 30% de budget manquant soit 6 milliards comparé aux 11 pays qui réussissent mieux que la France selon les comparaisons internationales) ; il est tout aussi nécessaire de s’appuyer sur les enseignants et leur professionnalité, une professionnalité qu’il faut bien évidemment renforcer. En résumé, leur faire confiance, puisque ce mot semble à la mode en cette rentrée.

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